Maeva Danois fera-t-elle son retour à la compétition cette année ?

L'étoile de l'athlétisme normand s'accroche à ses rêves. Sortir par le haut de sa blessure aux ligaments croisés, et participer aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020. Elle confie à l'Athlé Organisation Mondeville Hérouville (AOMH) ses doutes et ses espoirs. Elle réaffirme son attachement très fort à Hérouville Saint-Clair.

Pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu parler de ta situation actuelle ?

Je suis toujours à l’Insep (institut national du sport, de l’expertise et de la performance). Je compte y rester encore une année. Ce, pour me préparer pour les Jeux olympiques de Tokyo, et les championnats d’Europe de Paris.

En parallèle, je continue mes études pour obtenir un diplôme d’état de podologue. J’ai été blessée l’an passé, il y aura 1 an jour pour jour lundi prochain. Et depuis quelques mois, je suis sur les chemins de l'entraînement. Je souhaite revenir meilleure, pas seulement pour retrouver mon niveau. Pour l’instant, il n’y a pas de douleurs, tout va bien. 

Quels sont tes objectifs pour cette année ? 

J’ai tiré un trait sur 2019. J’ai fait une légère apparition aux interclubs, et ça m’a fait un choc mental. J’ai cherché à retrouver des sensations d’avant, mais c’était une erreur. 

J’ai un corps différent. J’ai compris qu’il ne faut pas se comparer à avant, je repars de zéro, je préfère ça. C’est purement mental, et ce n’est pas à négliger. Ma blessure au genou était une blessure mentale avant tout. Aujourd’hui, mon rêve serait de participer aux JO, et de sortir de ma blessure, par le haut. Là, je pourrais dire que je suis libre.

Je suis confrontée à l’apprentissage de la patience. Pour le moment, il n’est pas question de recourir sur la piste. Peut-être des courses sur route, mais pour le plaisir. Tout ce que je sais faire, ça ne se perd pas.

Quand feras-tu ta rentrée sportive ?

Pour le moment je n’ai pas de compétition officielle en ligne de mire. En fait, je m’étais dit que j’allais revenir pour 2019. Mais je me suis sentie sous un rouleau compresseur. Je progresse, mais ça n’avance pas comme je veux.

J’ai voulu ne pas me noyer dans les compétitions. Je me suis dit qu’il fallait vivre au jour le jour. Pour le moment j’ai du mal à me projeter en compétition. Ça a été difficile ces derniers mois, je ne me fixe pas encore de gros objectifs.

Il y a de bons signaux à l'entraînement. Mais aujourd’hui je ne suis pas prête à me mettre sur une ligne de départ. J’ai plutôt peur du résultat, me voir loin de mes chronos. Je sais que je ne suis pas encore dans les clous, je préfère faire autre chose. Pour le moment je préfère rester un peu cachée !

Les Jeux olympiques de Tokyo sont-ils toujours ta priorité ? 

C’est clairement ce championnat qui manque sur mon petit tableau. Si toutefois ce n’était pas ceux-là, je pense à Paris en 2024. Mais ce serait sur une autre discipline, en marathon par exemple. J’espère que 2019 sera la dernière vague de rééducation, pour ensuite surfer sur une autre vague.

Ça fait 5 ans que je suis sur l’Insep, et je suis dans une zone de confort. C’est une très belle expérience, on ne manque de rien, mais j’ai besoin d’en sortir. Sur du long terme, on tombe dans une sorte de routine. Certains ne sortent plus de l’Insep, moi, j’ai besoin d’être secouée, de me remettre en cause. 

Et il y a cette pression de la performance qui est continue. C'est encore plus vrai quand on est blessé, quand on est moins dans le moule. Dans ces moments-là, ça peut être très compliqué à gérer. Après 2020, mon idée est de découvrir d’autres horizons. 

Tu veux dire que l’Insep n’est pas forcément une aide quand on est blessé ?

C’est vrai que l’athlétisme est un sport individuel ! Chacun pense à sa peau avant celle des autres. À l’Insep, on se renferme un peu sur soi-même. Quand j’allais à l'entraînement, j’y allais quand il n’y avait personne. J’avais honte de faire des 100 m en 18 secondes !

On a l’impression d’être jugé, d’être vu comme la tortue de l’Insep. Mais en fait, on est vu plutôt comme des personnes courageuses. Il y a une très bonne ambiance entre les athlètes, chacun a son petit mot gentil. En fait, je me suis mis la pression toute seule.

De plus, j’ai deux vies. Ma vie perso, où j’ai besoin d’être accompagnée, et dans le sport, où je tiens les rênes. J’ai fait une année de césure, d’un point de vue professionnel. J'ai souhaité me mettre à fond dans le sport. Mais ça m’a desservi. 

Comment se remet-on mentalement d’une blessure qui entraîne un an d’arrêt ?

J’ai tiré un trait sur la saison 2019, ce n’est pas forcément simple. On est traversé par un tas d’émotions. Quand on cherche un tel niveau de performance, il y a des moments difficiles, beaucoup de moments de doutes. 

J’essaie de garder en tête ce qui peut m’attendre par la suite. Dans ces moments, on se remet en question, on doute. Je me demande par exemple si je vais pouvoir revenir à un meilleur niveau.

Le mot d’ordre c’est me concentrer sur ma force. C'est ma capacité à rebondir, et c’est beaucoup d’abnégation. Je me concentre uniquement sur ce que je sais faire le plus, et je mets le reste de côté. Ma force en compétition c’est ça, l’abnégation, je supporte mieux la douleur que les autres filles.

Dans un registre plus positif, quel est ton plus beau souvenir sportif ?

Le moment le plus fort, et le plus intense, n’est pas forcément quand j’ai battu mes records. C’était plutôt en 2017, une semaine très intense. Je participe à un meeting le mercredi, ma dernière chance pour faire les minimas des championnats du monde. Et je fais 9’41.

Le vendredi soir je courais à la finale des championnats de France 3000 m steeple à Marseille. Là-bas, j’obtiens le titre de championne de France. Le dimanche, je participe à la finale des 1500, j’obtiens la médaille d’argent.

Et ce n’est pas fini ! Mon entraîneur m’avait annoncé qu’il allait devenir papa, juste avant ma finale de mon 3000 m steeple. Il a lâché l’intensité émotionnelle au bon moment !

Je sais maintenant que se préparer pendant un an c’est pour être en forme une semaine !

J'ai pris conscience qu’il y a beaucoup de travail pour des temps courts. Mais je sais aussi qu'ils sont très très forts en émotions.

Peux-tu parler un peu de ton attachement à Hérouville, et à la Normandie ? 

Mon premier club est le SCH d’Hérouville, et j’y suis toujours licenciée. C’est assez rare dans ce milieu. J’ai fait ce choix de toujours rester à Hérouville, c’est le club ou j’ai commencé. À l’école d’athlétisme, là où j’ai tous mes souvenirs.

Quand j’y retourne, il y a toujours des souvenirs qui reviennent. C’est ce qui me permet de rester les pieds sur terre. Quand on mentionne Maeva Danois, j’aime bien qu’on mentionne aussi le Sporting Club d’Hérouville.

J’ai eu d’autres sollicitations, financièrement intéressantes. Mais la ville d’Hérouville a fait en sorte que je puisse rester. J’ai joué la carte de la transparence. J’ai pu leur proposer mon projet, leur expliquer ma façon de fonctionner, mes départs en stage.

Le fait d’être soutenu par la ville, c’est ce qui me donne envie de revenir. J'aimerais pouvoir porter les couleurs de la Normandie l’an prochain.

Et tes fans, tes followers, sont également un soutien ?

C’est à double tranchant. C’est pour ça que j’essaie de communiquer avec un bouclier de protection par rapport aux réseaux sociaux. 

Ensuite, l’image que j’ai envie de véhiculer auprès d’eux, c’est de ne jamais rien lâcher. Je veux leur dire que sur chaque échec on peut se reconstruire encore plus fort. Mais au-delà d’annoncer des choses, le plus dur c’est de les réaliser.

Quand j’essaie de réaliser quelque chose, je me donne à fond.  Mais on ne maîtrise pas tout. Il y a des moments que je n’appelle pas d'échecs, mais de non-réussite. Je n’ai pas peur de communiquer là-dessus.  J’ai des rêves, et je veux me donner les moyens de les réaliser.

Quels conseils donnerais-tu à une jeune fille qui voudrait suivre ton parcours sportif ?

Je lui dirais de s’amuser. Je suis aussi surveillante au bâtiment des mineures à l’Insep. Elles me posent des questions sur mon parcours, sur comment gérer une carrière. Mais c’est la personne et ses propres tripes qui déterminent tout ça.

C’est avant tout une personnalité qu’il faut construire, chacun est différent. Mon conseil n’est pas forcément de suivre le chemin d’un autre athlète. J’ai eu des modèles, j’aimais beaucoup Christine Arron.

Mais à un moment donné, j’ai arrêté de m’identifier, je me suis construite moi-même. Ce n’est pas comme les sports collectifs. Et l’idée que la défaite ou la victoire ne revienne pas qu’à moi-même m’est inconfortable. 

As-tu pour objectif, plus tard, de t’investir dans l’athlétisme d’une manière ou d’une autre ?

Ça va dépendre des aides de la fédération et de mes partenaires. L’Insep prend tout en charge pour l’instant, c’est un confort financier. Après 2020, je partirais, et en tant que podologue je ferais des remplacements en cabinet. Je préfère voir les choses petit à petit, viser 2020 dans un premier temps.

Cela dit, je pense me spécialiser dans le milieu du sport. Pourquoi ne pas aider à la conception de semelles orthopédiques dans les baskets. Mais je ne pense pas me spécialiser dès le début. J’ai aussi besoin de m’en échapper un peu. 

Quand je ne serai plus athlète, ça serait un souhait de contribuer à l’organisation du meeting d’Hérouville. Je l’ai vu grandir, mon rêve est d’y mettre mon énergie ! J’ai toujours été portée par le public hérouvillais. Ça ne me déplairait pas du tout de contribuer à cette organisation !

Quel souvenir gardes-tu des meetings d’athlétisme d’Hérouville et de Mondeville ?

Ce que je peux dire c’est que les deux dernières éditions ont été très fortes en émotions. Je me rappelle y avoir battu mon record, avant de partir pour les championnats d’Europe.

Au meeting d’Hérouville, il y a toujours un endroit où j’arrive à me mettre dans ma bulle.  Ce n’est pas évident quand on revient dans sa famille et sur son territoire.

La proximité avec le public est incroyable. Le meeting d’Hérouville est coché dans mon calendrier, c’est la priorité avec mon entraîneur. 

Je pense que tous les athlètes n’ont pas la chance de ressentir ça. J’ai été portée par le public. Les gens qui viennent m’encourager m’identifient comme athlète locale. J’aurais trop peur, en changeant de maillot, qu’on ne me reconnaisse plus comme ça ! 

Pour résumer le parcours récent de Maeva Danois : 

2015

L’été, Maeva devient vice-championne d’Europe espoir à Tallinn, en 3000 m steeple. L’hiver, elle remporte le titre de vice-championne d’Europe en cross par équipe.

2016

Déjà entrée à l’Insep, Maeva franchit un cap. Elle est médaillée d’argent aux 3000 m steeple aux championnats de France.

2017

Elle est sacrée championne de France du 3000 m steeple. Puis remporte la médaille de bronze du 1500 m

2018

Maeva se blesse en juin 2018. Diagnostic : rupture des ligaments croisés.

 

 

Ce texte a été rédigé par Redacwebdecaen. 

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